Par Maritxu

2/03/07 Vendredi

J’ai briefé Chéri sur l’adresse, l’heure… Tout est prêt archi prêt, j’ai préparé un dossier avec tous mes bidules médicaux au cas où. Je suis allée un peu travailler avant le rendez-vous qui est à 9h15. Juste quand je finis de me garer, mon Belge déboule dans la rue : quel timing !

On arrive, et on patiente… longtemps. ¾ d’heure de retard l’échographiste. Chapeau. Quand c’est enfin notre tour, on rentre dans la salle. C’est rigolo, il y a un grand écran en face de la table d’examen : on va voir bébé comme au cinéma !

L’examen commence : tout va bien, il est bien là, il a toujours tout ce qu’il faut là où il faut, le cœur bat. On le mesure, il est même un petit peu plus grand que prévu, alors la date d’accouchement est avancée au 19 septembre. Je murmure dans ma barbe « et la clarté nucale est à … » L’échographiste me fait répéter, il n’a pas entendu.

Il regarde : 3,2mm. C’est pas bon.

Il remesure : 2,8mm. Puis 2,8mm encore une fois : « c’est donc cette valeur qu’on va retenir ».

Mon monde s’effondre.  Je n’écoute plus que d’une oreille à partir de ce moment là. Pourtant, tout le reste est normal : il a bien un fémur, deux hémisphères au cerveau, des mouvements, des doigts, tout le tralala…

« Il faudra que vous fassiez la prise de sang pour la détection du risque HT21, de toutes façons elle était prévue, non ?»

« Oui oui… Enfin, non, on ne voulait pas la faire, mais là… »

En fait il a 1 chance sur 200 d’être trisomique 21.

0,5%.

C’est rien du tout. Et c’est énorme en même temps.

Quelle saloperie cette clarté nucale. Je m’en doutais. Je le sentais. Et merde.

Chéri me rassure comme il peut, mais il prend la chose avec beaucoup de flegme et j’ai l’impression qu’il ne se rend pas compte du cauchemar que je vis. On se sépare pour retourner travailler. Dans la voiture, avant de démarrer, j’appelle mon médecin. Occupé. Ma gynéco : absente jusqu’à lundi. Maman : elle est en rendez-vous avec une dame de la pmi. « ça va ? » « Non, pas des masses, je te rappelle tout à l’heure ». Alors j’appelle direct le laboratoire, pour prendre rendez-vous. J’aurai l’ordonnance bien assez tôt. Mais il y a un créneau pour faire cette prise de sang, et c’est le 26 mars, pas avant. Arg. La nana me calme, je suis en larmes. Elle me dit que c’est pas grave, que c’est pas si grand comme clarté nucale, qu’il faut surtout que je me calme. Je suis ridicule, je le sais, mais je n’arrive pas à m’en empêcher…

Finalement, je rejoins des collègues sur un chantier. Ils tentent de photographier des cavités souterraines et ça ne marche pas, donc c’est rigolo et ça me fait rire. Je commence à positiver, à relativiser la nouvelle. J’appelle maman, enfin disponible, on en parle pendant longtemps. Papa est derrière, il écoute, pose des questions. A leur époque, cette mesure ne se faisait pas.

Je me dis qu’il y a seulement 15 ans, à la sortie d’une telle échographie, on m’aurait dit : tout va bien madame, votre bébé est tout à fait normal ! Et que maintenant, par excès de précaution, on ne prend plus le moindre risque et qu’on fait baliser les parents pour rien du tout.

J’appelle mon Belge, pour savoir ce qu’on fait. On l’annonce quand même ou pas ?

Lui est partisan du oui, et il a raison : ça ne sert à rien d’attendre encore un mois alors que le risque de trisomie est moins fort que celui d’une fausse couche à ce stade ! Alors on décide de le dire.

Advienne que pourra !