Je pense que tout un chacun a entendu parler de cette nouvelle façon d’écrire, qui tente d’introduire une certaine parité dans notre langue écrite, dominée par le masculin. En effet, depuis l’enfance, on entend « le masculin l’emporte » ; comment donc dans ce cas accéder à une éducation donnant les mêmes chances aux filles comme aux garçons ?

Pour résumer, il s’agit ici d’associer les deux genres quand, justement, le masculin est censé l’emporter. Par exemple : « Nous avons été ému.e.s », en lieu et place de « nous avons été émus » ou encore « les agriculteur.trice.s ».

Franchement, je ne trouve pas ça si mal, mais il faut reconnaitre que c’est difficile à lire, et que ce n’est absolument pas applicable à l’oral. De plus, il va toujours rester le problème de la préséance, pourquoi pas « agricultrice.teur » ? Je trouve que notre langue française est bien mal adaptée à cet exercice, et quoique féministe, j’y suis pourtant attachée. Un jour, peut-être, nous parlerons tous anglais ou un mélange de toutes nos langues, et ces problèmes ne se poseront plus. En attendant, il faut faire avec ce que l’on a, et faire évoluer la langue – même imparfaitement – est nécessaire.

Evoluons, donc. Mais on pourrait pousser la réflexion plus loin.

Pour évoluer, il faut toujours prendre exemple du passé. Je viens d’apprendre que les langues anciennes ne privilégiaient pas le masculin à tous les coups, qu’il y avait une ‘règle de proximité’ en latin : l’adjectif s’accordait avec le nom le plus proche. Que voilà une belle nouvelle, on pourrait améliorer notre grammaire sans faire hurler les conservateurs… Cependant, je ne suis toujours pas satisfaite…

Pourquoi ne pas accepter nos différences plutôt que de ramener tout le monde au même niveau ? Les hommes et les femmes sont différents, je répète à l'envi que si les mecs pouvaient se charger d'accoucher, je leur aurais laissé ma place avec bonheur.

Je prends comme exemple un livre de Barjavel, auteur misogyne de son époque, que j’ai pourtant adoré étant jeune. Dans la Nuit des Temps, il décrit une société dans laquelle les hommes et les femmes ne parlent pas la même langue, et se comprennent néanmoins, chacun étant bilingue. Et pourquoi pas ?

Si les femmes appliquaient un « féminin l’emporte », tandis que les hommes conserveraient leur masculin ? Notre langue n’aurait pas à s’adapter à une nouvelle façon d’écrire, et chacun pourrait écrire ou parler comme bon lui semblerait, au féminin ou au masculin, selon ses affinités.

Si entre deux transitions orthographiques, il est permis de faire cohabiter nénufar et nénuphar, pourquoi ne pas autoriser la cohabitation définitive du féminin et du masculin en fonction de la personne qui s’exprime ?

Franchement, ce serait simple, et pas si mal.

J’essaie dès aujourd’hui.