C'est un accident. La tablette lui a glissé des mains et est retombée - bien mal - sur le pied du lampadaire.

Ma famille est là pour la brocante de mon bled, nous sommes tous dans le salon, et le silence qui suit le bruit de la chute est total. Je me relève de mon canapé : "qu'est ce qui s'est passé ?"

Demi-belge ramasse la tablette, la regarde, me regarde, grimace, reregarde la tablette.

"Je suis désolé !" Juste avant de se répandre en larmes. "Je suis désoléééééhhééééé, je l'ai pas fait exprèèèès"

Le temps qu'un "encore heureux" m'échappe, j'ai plusieurs sentiments qui essaient de s'exprimer.
La colère : il a fait une bêtise.
Le soulagement : il n'a rien.
La tristesse : cette tablette était mon cadeau de Noël.
Le fatalisme : c'est un accident.
Le rationnalisme : boarf, c'est lui qui s'en servait le plus et c'est lui qui ne pourra plus jouer à Clash of Clans.
La fierté : il s'est excusé tout de suite.
L'éducation en marche : quelle punition est adaptée pour ça ?
L'exposition : tout le monde me regarde, ma mère, mon frère, ma fille et, évidemment, mon fils en larmes. Faut réagir. Je dois réagir. C'est mon rôle, ma position.

Comment ?

Décision : "Ben tant pis. Tu as fais une bêtise, je vais pas te dire que c'est pas grave parce que ça vaut cher, mais c'est toi qui es le plus puni dans cette histoire. Tu veux un câlin pour te calmer ?"

Quelques minutes de câlin plus tard, je lui propose de s'isoler dans sa chambre, parce que les hoquets de pleurs ne se calment pas.
Il redescend quelques temps après, tout rouge, et vient d'assoir près de moi.

"J'aurais préféré avoir une fessée, parce que j'ai fait une bêtise."
"Mais pourquoi ? C'était un accident !"
"Je sais pas. Je l'aurais mérité je pense."

Cette remarque m'interpelle. J'essaie d'en trouver l'origine. Je ne me rappelle même pas quand je lui ai mis une fessée pour la dernière fois, il ne fait globalement pas de bêtises. Il s'auto régule de toutes façons. Après mûre réflexion, je pense avoir trouvé.

Il n'y a dans cette histoire qu'un seul coupable : lui. Si je l'avais puni, il aurait pu m'en vouloir, et détourner ainsi son attention ou son ressentiment sur moi. Comme je n'ai rien fait que consoler son chagrin, il se retrouve tout seul face à ses actions. Et c'est pas facile. Mais c'est plus pédagogique.

Comme quoi, des fois, ne rien faire est préférable. Enfin, de mon point de vue.